RDC/Multiplication des scandales économico-financiers : "Sévir pour en finir avec le crime organisé et rassurer l'opinion"

André Claudel Lubaya


Connu pour ses critiques sévères envers le régime Tshisekedi, l'opposant politique André Claudel Lubaya accusé il y a quelques semaines par les renseignements militaires congolais d'être l'un des soutiens du mouvement politico-militaire Alliance Fleuve Congo (AFC), vient à nouveau de tirer à boulets rouges sur la gouvernance Tshisekedi.

S'exprimant largement dans une tribune sur la multiplication des scandales économico-financiers, il appelle à "sévir pour en finir avec le crime organisé et rassurer l'opinion".

Ci-dessous l'intégralité de sa tribune :

#RDC

Multiplication des scandales économico-financiers 

Sévir pour en finir avec le crime organisé et rassurer l'opinion

Ce que murmuraient les congolais depuis quelques temps déjà, prend une ampleur nouvelle au diapason de leur désarroi, répétant la mort dans l'âme : « Moyibi eluti, Bwizi ina pita, Kimuifi me luta, Buivi buapitshi », à la moindre évocation des scandales politico-financiers à répétition que l'on observe à tous les niveaux du pouvoir. 

Où est passé le « peuple d'abord », ce titre phare jadis au top du hit-parade, vibrant à toutes les cérémonies et que l'assistance représente à l'unisson ? Oublié. Personne n'ose en parler sous peine de se faire copieusement invectiver. Où est passé « l'État de droit » ? Oublié. Personne n'ose en parler sous peine de se faire insulter. Où est passée « la justice » ? La pauvre ; elle est tombée malade, son pronostic vital engagé, pendant que son médecin traitant, en l'occurrence "le magistrat suprême" avoue en privé comme en public son impuissance à la guérir, tout en continuant à faire croire à qui veut l'entendre qu' ' 'il est apte à diriger le Congo ! Où est passée « la lutte pour la bonne gouvernance et contre la corruption » ? Oubliée. Personne n'ose en parler sous peine de se faire diaboliser et d'être accusé de trahison. En réalité, toutes ces belles idées, aussi mielleuses qu'alléchantes, en lesquelles plusieurs compatriotes avaient pourtant cru, appartiennent depuis lors à un lointain passé que personne n'ose évoquer ; les principaux acteurs étant à ce jour confrontés au choix entre l'exercice intègre du pouvoir et l'inclination à l'enrichissement personnel insatiable. 

De sa demeure présidentielle vers l'extérieur en légalisant, à l'aube de son premier mandat, les rétro commissions, qu'il avait affectueusement appelé « coop », le président TSHISEKEDI avait en une seule sortie médiatique, détruit tous les fondements de la lutte de son père et de son parti, l'UDPS. Tout le monde s'en souvient, c'était dans l'affaire 15 Millions USD de rétro commissions reçues des pétroliers et ayant miraculeusement disparu d'un compte à l'autre dans une des banques de la place. Il avait ainsi ouvert la voie à la prévarication, trahissant de facto sa charge ; ce qui explique cet enchaînement des scandales qui se suivent et se ressemblent d'autant que leurs auteurs s'y livrent en toute impunité en se moquant éperdument de ceux qui les dénoncent. Six ans après, personne n'est en prison ni menacé d'emprisonnement alors que de 2019 à ce jour, plusieurs affaires de corruption, détournements et rétro commissions défraient la chronique non sans heurter le bon sens le plus élémentaire. Personne n'a restitué les sommes d'argent détournées. Personne n'est interpellé ou alors ceux qui le sont se voient s'étendre, sans explication. Conséquence : « le peuple d'abord, la lutte contre la corruption, l'état de droit, etc », chers chers au feu président de l'UDPS, sont relégués aux oubliettes au point de ne plus être évoqués même dans les réunions restreintes et du parti et du gouvernement ! A la place, on préfère évoquer la réglementation en matière de l'élevage des chiens ! Au pays du corbeau et du renard, où la flatterie reste la seule garantie pour remplir sa panse, tout le monde évite expressément d'aborder ces sujets qui fâchent. On sait pourquoi.

Pour contourner l'écueil du peuple, le régime du président TSHISEKEDI semble avoir fait le choix du populisme, comme le fit Lénine (1870-1924) en son temps, ce démagogue pour qui "il faut proposer aux électeurs des solutions simples à des problèmes complexes", "quitte à mentir et désigner des boucs émissaires, seuls responsables de la situation misérable de la nation". Tiré de l'ouvrage de Lénine : "La maladie infantile du communisme, essai de causerie populaire sur la stratégie et la tactique marxistes" ; Moscou, 1920.

Que dire des affaires aussi grotesques dans lesquelles, en violation du cadre légal et dans une opacité propice à lever tout soupçon, des marchés publics sont octroyés à des entreprises montées de toutes pièces, appartenant à des proches, et où des commissions faramineuses sont rétrocédées dans un pays où les rétro commissions ont arrêté d'être, par la parole et la volonté du Chef, une infraction à la loi, à l'exemple des cas les plus récents ci-dessous :

- 1 lampadaire à 5 000 USD la pièce, rivalisant par son coût onéreux, avec le phare d'Alexandrie ;

- 1 fourrage à près de 400 000 USD la pièce, comme s'il allait couler du champagne et du vin millésimé à la place de l'eau ;

- 240 Millions USD, valeur vénale des actifs de l'État congolais dans Cominière SA, bradés à vil prix, soit 33,4 Millions USD. Curieusement, la firme chinoise Zijin Mining a offert un don de 70 Millions USD, versé par sur un compte suspect, d'une ONG suspecte, dont un des animateurs est administrateur de Cominière SA, en plus d'être un haut cadre dirigeant et proche. de l'UDPS ;

- 617 Millions USD d'un accord suspect entre Dig Oil et l'État congolais, représenté par le Ministre des finances ;

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    - La liste n'est pas exhaustive.

    Que dire ? Il s'agit clairement d'une délinquance financière institutionnalisée, à laquelle se livrent en toute impunité des agents publics, hauts fonctionnaires et dignitaires attitrés du pouvoir, tous sanctifiés par la banalisation de la pratique des rétro commissions, opérant dans un «mboka ekufa nango kala», où «mes ministres ne sont pas des voleurs», avec une «justice malade» et où certains malins flatteurs tentent de faire croire à l'opinion que le changement de la constitution serait la réponse à ce crime organisé ! Trêve de balivernes !

    Le Président de la République est-il au courant ?

    C'est la question que tout le monde se pose, au vu de l'ampleur des scandales économico-financiers qui ternissent inexorablement son régime. A l'évidence, son attitude questionne et ne rassure. Quelle valeur le Chef de l'état donne-t-il à sa parole ? Que fait-il de son devoir d'éthique et d'exemplarité ? Quand on se rappelle que dans son discours prononcé le lundi 29 juin 2020 à l'occasion des 60 ans d'indépendance de la RDC, le président TSHISEKEDI affirmait : "la lutte contre l'impunité, contre la corruption et les antivaleurs, constituant les éléments centraux de ma stratégie, sans lesquels tout réel espoir de changement est impossible" ; son silence intriguant questionne et traduit un laxisme qui inquiète au vu de la montée en puissance de la criminalité financière imputable aux agents publics, au préjudice de l'État. Sachant qu'à son initiative et sous son autorité, il avait été mis en place au sein de la présidence de la république, un dispositif prétendument destiné à moraliser la vie publique dénommé : « agence de prévention et de lutte contre la corruption » (APLC ) qui était à son tour impliqué dans les mêmes types de scandales, adossée à une nébuleuse baptisée : « coordination pour le changement des mentalités » (CCM), il y a lieu de se demander qui trompe qui ? "On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps." ; Abraham Lincoln (1809-1865)

    C'est à l'aune de son attitude en matière de lutte contre la corruption que le peuple jugera le président de la république quant à son engagement « à ne plus reproduire les erreurs du passé ». En attendant, force est de relever que toutes ces dérives rappellent combien les pratiques du crime organisées hypothèquent notre avenir commun et mettent gravement en danger le pays.

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