(Tribune)"Les antivaleurs en milieux universitaires : diagnostic et thérapie. Contribution d'un penseur aux états généraux de l'ESU"

Professeur Dr Ludovic MUMBUNZE Nico. Ph de tiers.

Une société qui veut véritablement émerger est celle qui accorde une valeur primordiale et incommensurable à son système éducatif. L'éducation, disait Nelson Mandela est l'arme la plus puissante pour changer le monde. Elle demeure, pour la République Démocratique du Congo, la principale clé de son émergence.

Constat d'évidence

Pour tout observateur honnête et intègre, il se dégage un constat d'évidence par rapport à l'éducation en RDC, particulièrement dans les milieux universitaires. Ce constat se résume en une négligence grave et abjecte qui viole littéralement certains fondamentaux éducationnels, favorisant ainsi le laxisme, le laisser-aller, bref toutes les formes d'antivaleurs. De plus en plus, le mérite a cédé sa place au favoritisme, au tribalisme, à la cotterie, au sentimentalisme, etc. Il faut ajouter à ces maux, le monnayage des cotes, ce qu'on appelle maintenant sans vergogne: points sexuellement transmissibles (PST), le marchandage des diplômes, les diplômes politiquement attribués (DPA), la réussite conditionnée par le simple fait d'acheter le syllabus, etc.

Tout cet arsenal d'antivaleurs assombri le système éducatif congolais et le précipite dans un abîme très profond. Si l'on veut le développement de ce pays, il est nécessaire et urgent d'apporter une thérapie curative adéquate aux antivaleurs qui s'érigent progressivement en règles d'action dans nos différentes institutions supérieures et universitaires.

On ne le dira jamais assez, l'éducation est ce par quoi l'homme devient véritablement humain. C'est grâce à elle que l'être humain est socialisé et aspire à une meilleure socialité pour un mieux-être collectivement partagé. En tant que telle, l'éducation est un problème extrêmement complexe et délicat, à la fois individuel et communautaire.
Par l'éducation, pense Georges Friedmann, la société prépare de loin, dès la jeunesse, la formation de ceux parmi lesquels se recruteront les politiques, les administrateurs et toutes les élites.

Une meilleure éducation pour un meilleur avenir

L'éducation véritable prépare l'avenir de l'homme dans le sens de l'excellence et non de la médiocrité consacrée par les antivaleurs ci-haut énumérés. L'avenir des sociétés se prépare et ses construits par la qualité de l'éducation donnée à sa jeunesse. Il est important d'armer la jeunesse par la science et l'éducation qui la rende efficace et capable d'affronter le monde dans une posture qui lui permet de s'élever à son humanité essentielle. C'est au fond de l'éducation que gît le grand secret de la perfection de la nature humaine. Faute d'une bonne éducation, on tombe dans l'animalité ou la bestialité ignoble.

Lorsque son système éducatif est corrompu, la société tend inévitablement vers sa corrosion. Et c'est le cas de le dire pour la société congolaise. Quelle peut être la contribution significative à l'essor de la société de quelqu'un qui a obtenu ses titres académiques par le simple fait de la tribu, de l'argent, de l'achat du support de cours, de la politique ou du sexe ? Voilà une question qui vaut son pesant d'or.

Imbrication éducation-morale

La vraie éducation ne se passe de la moralité. Elle y est intimement liée. En effet, l'éducation a une quadruple tâche : discipliner, cultiver, civiliser et moraliser. Le favoritisme et les antivaleurs susmentionnés enfreignent le goût de l'effort, découragent la recherche de l'émulation et amenuisent toutes les chances du développement.

Perspectives et recommandations

Face à ce tableau sombre, sans adopter une attitude larmoyante, pessimiste et fataliste, nous recommandons l'éducation à la vertu et la rigueur dans l'action éducative. Cela suppose que chaque partie prenante (parents, étudiants, enseignants, gouvernants) prenne la mesure de sa responsabilité.

● Prôner le mérite et combattre la corruption dans tous ses aspects.
● Lutter contre la banalisation du vice et la vulgarisation de la médiocrité en instaurant une culture de la sanction positive, c'est-à-dire la méritocratie.
● Élever les hommes aux valeurs sûres qui fondent la dignité humaine. Et ce, grâce à un exercice en forme pyramidale où l'exemple vient d'en haut.

Éduquer à la vertu pour un savoir humanisant

Sans la vertu, toute instruction visant le développement est voué à l'échec. Raison pour laquelle une place prépondérante doit être accordée à la morale dans l'éducation à tous les niveaux, à tous les échelons et sous tous les fronts. L'éthique doit toujours être au centre de l'action. La vertu doit être au fondement de l'agir du scientifique ou de l'intellectuel tout court.

Au Congo, les « intellectuels » dont les recherches devraient avoir un impact positif sur la vie de la société préfèrent vendre leur conscience au diable. Ils se complaisent à donner au vice le calme et la sécurité de la vertu. L'anormal devient abjectement normal. Les intellectuels congolais sont de plus en plus falsificateurs, auteurs de supercheries ou friponneries de tout genre qui effondrent la société.

Rabelais disait: «Science sans conscience n'est que ruine de l'âme». Il est nécessaire d'inculquer à la jeunesse un savoir-pour-agir en humanisant davantage l'humanité et non simplement un savoir pour le savoir. Ce dernier ressemble à un chemin qui ne mène nulle part, pour reprendre une expression chère à Martin Heidegger. Un savoir qui ne peut pas contribuer significativement et éthiquement au développement de la société, n'en est pas un. La morale constitue un garde-fou efficace contre les égarements.

Éduquer à la vertu permet indéniablement d'inculquer les valeurs citoyennes tels que le patriotisme, le respect du bien commun, la civilité, le civisme, la solidarité, l'intégrité, la fraternité, la tolérance, le respect de l'autre et des droits humains, le respect de l'environnement par la culture d'une écocitoyenneté responsable, le sens de la dignité et le respect des personnes, la discipline, l'effort personnel, le partage, le dialogue, l'altruisme, etc.

Nous recommandons vivement de réprimer et de châtier impitoyablement toutes les attitudes incompatibles au développement dans les milieux universitaires: l'irresponsabilité, la paresse, la malhonnêteté, le favoritisme, l'immoralité. La liste n'est pas exhaustive.

Prof Ludovic Nico Mumbunze, Directeur des Recherches Stratégiques au Collège des Hautes Études de Stratégie et de Défense (CHESD)

Analyse extraite de ma thèse de doctorat intitulée Conditions de possibilité d'une véritable autonomie des États africains.

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