Tête-à-tête Macron -Tshisekedi : Ces questions sensibles au menu de leurs discussions

Les deux président Macron et Tshisekedi, Ph. Tiers

C’est sa énième sortie du territoire national depuis le début de la pandémie de la covid-19. En effet, le président Felix Tshisekedi a quitté le pays dimanche soir pour se rendre en France, en sa qualité de Président en exercice de l’Union africaine pour des entretiens avec le Chef de l’État Français, Emmanuel Macron au sujet du sommet France-Afrique qui se tiendra au mois de juillet prochain… Mais, cette étape n’est pas l’unique point de l’agenda du chef de l’Etat.

Le Président Tshisekedi et Emmanuel Macron doivent se sont rencontrés mardi, pour discuter de questions brûlantes sur les violences qui ont éclaté au Tchad après la mort du président Déby et la prise du pouvoir par une junte. S’adressant à la presse avant un déjeuner à l’Élysée, le président français a également appelé à préparer “un New Deal” pour aider les pays africains à surmonter le “ralentissement très fort” de leurs économies depuis la crise du Covid-19, avant un sommet financier prévu le 18 mai à Paris.

Dans un communiqué commun, les deux présidents “demandent la cessation de toutes les formes de violences” et “rappellent leur soutien à un processus de transition inclusif, ouvert à toutes les forces politiques tchadiennes, conduit par un gouvernement civil d’union nationale et devant mener le pays à des élections dans un délai de 18 mois”. La France et la RDC “réitèrent leur attachement à la stabilité et à l’intégrité du Tchad”, ajoute le texte, qui apporte aussi son soutien “aux efforts d’accompagnement” de l’Union Africaine. “Il faut très vite revenir à l’ordre démocratique”, a insisté le président congolais devant la presse.

“Je veux être très clair. J’ai apporté mon soutien à l’intégrité et la stabilité du Tchad très clairement à N’Djamena. Je suis pour une transition pacifique, démocratique, inclusive, je ne suis pas pour un plan de succession”, a déclaré Emmanuel Macron alors que Mahamat Idriss Déby, fils du défunt président tchadien, dirige depuis une semaine le Conseil Militaire de Transition (CMT), à la tête du pays. “La France ne sera jamais aux côtés de celles et ceux qui forment ce projet. Le temps est venu de lancer un dialogue politique national ouvert à tous les Tchadiens”, a-t-il insisté aux côtés du président Tshisekedi.

Ci-dessous l’intégralité du discours de Macron

Mesdames, messieurs, bonjour cher président Charles-Félix, je suis très heureux de vous accueillir aujourd’hui à Paris en tant que président de votre pays, après des échéances politiques intérieures importantes et franchies avec succès, dont je vous félicite parce qu’elles sont une étape importante de la modernisation de la vie démocratique politique en RDC et votre volonté d’aller de l’avant, mais aussi en tant que président de l’Union africaine et partenaire stratégique de la France.

Nous étions avec le président qui s’est dit il y a quelques jours au Tchad N’Djamena pour rendre hommage au président défunt Idriss Déby et pour soutenir un processus de transition qui doit ouvrir la voie de la démocratie et de la stabilité du Tchad. Et aujourd’hui, avant toute chose. Nous voulons exprimer notre préoccupation sur l’évolution de la situation en condamnant d’abord avec la plus grande fermeté la répression des manifestations et des violences qui ont eu lieu ce matin à N’Djaména.

Nous appelons au respect des engagements qui ont été pris par le Conseil militaire de transition. Celui d’une transition pacifique, inclusive sur le plan politique et je veux être ici très clair, j’ai apporté mon soutien à l’intégrité et la stabilité du Tchad. Très clairement, à N’Djaména, je suis pour une transition pacifique, démocratique, inclusive. Je ne suis pas pour un plan de succession. Et la France ne sera jamais aux côtés de celles et ceux qui forment ce projet. Le temps est venu de lancer un dialogue politique national ouvert à tous les Tchadiens. C’est ce qui est attendu aujourd’hui du Conseil militaire de transition et c’est la condition même de notre soutien. Je veux ici dire que nous resterons engagés aux côtés de l’Union africaine que préside le président, qui dit cette année aux côtés aussi du G5 Sahel. Et je veux saluer l’effort des présidents du G5 Sahel qui ont aussi œuvré à cette médiation avec avec beaucoup de force. Et il faut que dans les prochains jours, nous puissions rétablir la situation qui aujourd’hui me préoccupe très fortement au delà de ce sujet. Notre coopération est évidemment riche de beaucoup de dossiers bilatéraux que nous allons évoquer dans quelques instants. Volonté de développer la coopération économique, les opportunités offertes à la jeunesse de votre pays par les programmes d’éducation, de santé et de création d’activités économiques, politiques aussi de francophonie, car nous avons là dessus également beaucoup à faire ensemble. Et puis, évidemment, ce sont tous nos efforts d’accompagnement pour la stabilité et la paix partout sur notre territoire national. Je sais ô combien vous y êtes attachés face ce déstabilisations qui peuvent exister. Enfin, nous avons aussi les grands sujets continentaux et en effet, nous avons un agenda extrêmement chargé. Le premier, c’est continuer à faire vivre la solidarité internationale face à la pandémie. Il y a un an, nous avons lancé ensemble avec plusieurs collègues, l’initiative ACTA pour aider l’Afrique à répondre aux défis de la pandémie. Elle a permis de faire plusieurs avancées nous y sommes revenus ces derniers jours pour aider au financement et aider aussi à plus de tests de diagnostic. L’accès aux vaccins et. La montée en puissance des systèmes de santé primaires. Mais beaucoup reste à faire pour mobiliser plus de financements, mais avoir également des actions concrètes, indispensables et ensemble, nous souhaitons agir pour que le G7, le G20 soit des rendez vous utiles qui répondent aux besoins des Africaines et des Africains. La vaccination de tous les personnels de santé sur laquelle nous étions engagés il y a plusieurs semaines et tant d’autres sujets. Et puis, dans quelques semaines, nous nous retrouverons 17 18 mai prochain à Paris pour un sommet avec beaucoup d’autres leaders du continent africain et du monde entier le Sommet pour le financement des économies africaines. Je veux ici que chacun ait bien en tête le choc, pas simplement sanitaire, mais économique, que le continent africain subit depuis 2020. C’est un ralentissement profond, très fort l’année dernière et encore cette année, dans un continent qui est en pleine expansion démographique. Et nous ne pouvons pas faire en quelque sorte comme si nous pouvions continuer avec les recettes d’hier. l’Europe a une réponse exceptionnelle, une politique monétaire inédite, une réponse budgétaire qui s’est traduite en juillet dernier avec un plan de relance historique. Les Etats-Unis d’Amérique ont annoncé un plan fédéral inédit et une politique monétaire plus accommodante. Et nous sommes en train, collectivement, d’abandonner l’Afrique à des solutions qui datent des années 60. Je me félicite qu’on puisse avancer. Nous allons pousser pour le faire, mais nous devons absolument inventer pour le 17 18 mai prochain un New Deal du financement de l’Afrique, c’est à dire des solutions profondément novatrices à une échelle d’ambition, qui correspondent à ce que nous sommes en train de vivre, sans quoi nous laisserons le continent africain face à la pauvreté. Nous laisserons le continent africain et sa jeunesse face à la réduction de leurs opportunités économiques, une migration subie et l’expansion du terrorisme. Et cela, je ne veux pas m’y résoudre. C’est un sujet que nous allons aussi traiter avec le président Tshisekedi, car il est à mes yeux au cœur de l’agenda des prochains mois et des prochaines années. Pour toutes ces raisons, cher Félix président, merci d’être à Paris aujourd’hui. Et encore bravo pour les succès obtenus dans ton pays, sur le continent.

Ci-dessous l’intégralité du discours de Tshisekedi

Merci beaucoup président. Cher Emmanuel, merci. Merci de me recevoir si rapidement à Paris pour parler des choses que vous avez entendues sur le Tchad. Nous avons parfaitement le même entendement. Il faut très vite revenir à l’ordre démocratique. Nous avons. Je reste dans la droite ligne de ce que j’ai dit dans mon discours à N’Djaména. Nous soutenons évidemment la stabilité actuelle, mais à condition qu’elle aille très vite vers la consolidation de la démocratie des institutions démocratiques. Pour le reste, nous parlerons Afrique. Aujourd’hui, mais aussi dans quelques semaines, l’Afrique, qui a lancé sa zone de libre échange continentale, ce vaste marché commun que nous voulons à l’image de celui d’Europe. Et sur lequel nous comptons, pour lequel nous comptons sur nos partenaires traditionnels afin de nous accompagner dans cette grande aventure qui va être nécessaire pour le bonheur de notre continent. La paix, bien évidemment, reste au centre de nos préoccupations au niveau africain. Nous avons cet objectif de faire taire les armes. Voilà pourquoi je ne me lasserai jamais de sensibiliser la communauté internationale par rapport à des zones de violence en Afrique et particulièrement dans mon pays, la République démocratique du Congo, à l’est, où il s’est créé maintenant un groupe à tendance islamiste. Au discours islamistes et aux méthodes islamistes qui sèment la terreur auprès de nos populations. Donc là, je suis plus que jamais déterminé à l’éradiquer. Et je compte sur le soutien de la France pour le reste. Le président Emmanuel Macron a très bien détaillé les sujets sur lesquels nous allons nous appesantir et donc je vous remercie. Je vous remercie le président, cher Emmanuel, et je crois que nous pouvons aller travailler.
Merci beaucoup. Merci à tous. Merci.