RDC:"Nous allons tout droit vers une crise réelle", prévient Augustin Kikukama

Augustin Kikukama, leader du Mouvement du 17 Mai / photo RFI

L'un des piliers du régime Afdl, (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération), le mouvement politico-militaire mené par Laurent Désiré Kabila, le père de Joseph Kabila qui a renversé le régime du Maréchal Mobutu en 1997, Augustin Kikukama est un personnage réservé.

Depuis l'assassinat, le 16 janvier 2001 de l'ancien chef de l'État, M'zee Laurent Désiré Kabila, l'homme s'est quasiment éclipsé des projecteurs des médias et donc pris des distances avec le fils Kabila qui a succédé à son père 10 jours après sa disparition.

À la tête du Mouvement du 17 Mai (M17), Augustin Kikukama a toujours dénoncé la recrudescence des anti valeurs sous le régime Kabila fils. Lors des élections du 30 décembre 2018, il y va seul avec sa formation politique se présentant comme une formation politique du centre refusant toute alliance avec l'opposition et la majorité.

Malgré sa débâcle électorale imputée au quota très élevé du seuil sur l'échiquier national, l'homme est resté également à lui-même c'est-à-dire gardant son indépendance d'esprit vis-à-vis des pesanteurs sociopolitiques du pays.

En marge de la gestion de l'État, Augustin Kikukama est parmi ceux qui se considèrent comme étant des "victimes de la fraude électorale"de 2018. En abordant le discours du chef de l'État, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo prononcé ce dimanche, 06 décembre à Kinshasa au cours de l'interview exclusive accordée à election-net.com ce lundi, 07 décembre, le secrétaire général de M17 estime que le Président de la République était allé au-delà de ses prérogatives constitutionnelles dans son allocution.

"Nous avons assisté à un discours du Président des Etats-Unis d'Ameriques, c'est-à-dire d'un régime présidentiel. Hors notre constitution ne lui donne (Président de la République Démocratique du Congo) pas tous ces pouvoirs", fait-il remarquer d'emblée avant de s'interroger : "lorsqu'on decaissait l'argent pour le programme (100 jours) il n'y a pas eu blocage. Maintenant qu'on nomme les juges de la cour constitutionnelle en violation de la constitution, on évoque le blocage. Si le Président de la République était respectueux de notre constitution, il allait demander aux membres de sa famille politique de quitter d'abord le gouvernement".

Dans cet entretien, celui qui se réclame toujours d'être l'incarnation du centre rappelle les irrégularités du processus électoral ayant conduit à l'avènement des institutions politiques actuelles tout en évoquant l'exemple de sa propre formation politique.

"Nous tous nous connaissons comment les élections se sont tenues, nous-mêmes, nous avons été victimes de la fraude organisée. Être garant du bon fonctionnement des institutions ne signifie pas aller au-delà de vos competences!!!. Le garant veut dire l'abirtre. À ma connaissance, il n'y avait pas conflit entre institutions pour que le Président tranche. Il va nommer l'informateur comment? Pas selon la constitution mais selon sa volonté. Lorsqu'on veut combattre la corruption on ne peut pas recourrir aux mêmes méthodes pour avoir une nouvelle majorité. L'État de droit veut dire le respect de textes (constitution et les lois)", rappelle le secrétaire général du mouvement du 17 mai avant d'insister sur la genèse de la crise politique actuelle en République Démocratique du Congo.

"La crise a commencé avec les ordonnances des nominations des deux juges de la cour constitutionnelle. Qui bloque le fonctionnement du Gouvernement, c'est le Président en décrétant la fin des conseils des ministres. Moi je ne suis pas du FCC ( Front Commun pour le Congo de l'ancien Président Joseph Kabila en conflit avec le Cap pour le Changement de son successeur) mais nous allons tout droit vers une crise réelle", prévient Augustin Kikukama.

L'acteur politique estime en outre que le retour de l'élection présidentielle à deux tours envisagé par le Président de la République pour renforcer l'assiette de légitimité du chef de l'État tout comme l'élection des Gouverneurs et des Sénateurs au suffrage universel direct pour minimiser l'impact des pratiques d'achat de consciences pourraient "élargir le champs de contestations vue que le pays est encore fragile". Pour étayer son argument, il puisse la jurisprudence dans les systèmes Angolais et Sud-africains.

"Là où il ya la stabilité, le Président est élu au second degré ( RSA et Angola par exemple)", point il avant d'avouer son approbation vis-à-vis de l'option levée par le chef de l'État de pouvoir ériger un tribunal pénal international pour le Congo afin des juger des auteurs présumés des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité commis en République Démocratique du Congo.

Il faut rappeler que dans son allocution post consultations présidentielles, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo avait annoncé la nomination imminente d'un informateur pour identifier une nouvelle majorité parlementaire susceptible de lui permettre de former un nouveau Gouvernement. Ce qui voudrait dire en d'autres termes, il a annoncé la fin de la coalition FCC-CACH sous sa forme actuelle. Une posture fortement contestée par le Front Commun pour le Congo qui a dit avoir pris acte après sa réunion des présidents de la plateforme tenue ce lundi, 07 décembre à Kinshasa.

José-Junior Owawa