RDC : "la volonté du chef de l'État de renforcer la lutte contre la corruption est un constat d'échec…", (Timothée Mbuya)

Me Timothée Mbuya, président de l'Asbl Justicia

Le président de l'Asbl Justicia basée à Lubumbashi dans la province du Haut-Katanga, Timothée Mbuya salue globalement le discours du chef de l'État de la République Démocratique du Congo, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo prononcé, le dimanche 06 décembre dernier à Kinshasa mais reste prudent sur certains points essentiels.

En effet, dans une interview exclusive accordée à election-net.com ce lundi, 07 décembre, l'activiste de droits de l'homme interpelle le président Tshisekedi sur la nécessité de renforcer la lutte contre la corruption par la lutte contre l'impunité notamment avant de saluer l'annonce de l'installation prochaine du tribunal pénal international pour le Congo afin de juger des crimes contre l'humanité.

Ci-dessous, l'intégralité de l'interview

Electionnet (Enet)/ Quelle analyse faites-vous en rapport avec la décision du chef de l'État de nommer un informateur pour identifier la nouvelle majorité parlementaire ?

Timothé Mbuya(TM) / La nomination de l'informateur pour identifier la majorité parlementaire est une exigence constitutionnelle , prescrite par l'article 78 al 2. Pour moi, la désignation du premier Ministre Ilunga Ilunkamba a été faite en violation de la constitution car s'étant basée plutôt sur l’accord entre le Cach et le FCC. Maintenant, il reste que le premier Ministre dépose sa démission auprès du Chef de l'État pour permettre la bonne marche du pays et la désignation de l'informateur qui disposera de 30 jours, renouvelable une seule fois.

Enet/ Que signifie pour vous la volonté du Président de renforcer la lutte contre la corruption ?

TM/ La volonté du chef de l'État de renforcer la lutte contre la corruption est à la fois un constat d'échec et une réaffirmation d'une volonté ou la détermination à éradiquer un phénomène endémique de notre société. Constat d'échec car depuis la mise en oeuvre par ordonnance présidentielle de l'Agence de prévention et de lutte contre la corruption, n'a pas encore contribué à diminuer la corruption dans le pays, encore faudra-t-il lutter contre l'impunité, renforcer l'indépendance de la justice et lutter contre le clientélisme et le trafic d'influence dans tous les secteurs de la vie nationale, en passant par la protection des lanceurs d'alertes ; réaffirmation d'une volonté car endiguer la corruption nécessite volonté, moyens et temps.

Enet/ Que voudrait dire, à votre entendement, son engagement à réduire les dépenses des institutions pour faire des économies afin de faire appliquer l'accord de Mbudi ?

TM/ Il s'agit là d'un engagement sérieux et qui devrait se concrétiser notamment par la réduction de la taille du gouvernement, la diminution des salaires, traitements, émoluments des membres du gouvernement, des parlementaires, du Président de la République et des anciens chefs d'État. L'interdiction des déplacements ou voyages inutiles d'une pléthore des membres du gouvernement. Bref, la diminution sensible des dépenses publiques inutiles en se focalisant sur la réalisation des projets d'intérêt communautaire et à impact rapide.

Enet/ Le retour à deux tours pour la présidentielle prôné par le chef de l'État voudrait, pour vous aussi dire renforcer la légitimité du Président de la République ?

TM/ La suppression du deuxième tour de l'élection présidentielle a été l'une des grandes déceptions de l'ancienne administration congolaise en ce que le Chef de l'État devrait désormais être mal élu en se couvrant d'un suffrage dit universel mais très mal exprimé. Cette pratique a contribué à doter au pays des Chefs d'Etat moins bien élus et privés d'une bonne légitimité pour gouverner un pays dont la principale crise historiquement aura été un déficit de légitimité. Pour nous, donc retourner au deux tours de l'élection présidentielle est légitime et contribuerait à renforcer la légitimité du premier des décideurs congolais. Reste à mettre en place une batterie des mesures pour diminuer le coût global des élections dans notre pays.

Enet/ Que pourra changer, pour le pays, son option de faire la mutation des élections des Gouverneurs et des Sénateurs au suffrage universel direct ?

TM/ Il a été constaté que lors des élections des gouverneurs et des sénateurs par les députés provinciaux, plusieurs pratiques comme la corruption et le clientélisme politique ont fait jour. Les gouvernements provinciaux ont presque souvent été à la merci des assemblées provinciales si bien que des nombreux conflits ont été portés devant les instances judiciaires. En ce moment même, certaines provinces n'ont pas de gouvernement et d'autres sont animées par des intérimaires. Seulement, il me semble que le mode de désignation des gouverneurs de provinces, tel que proposé par le Chef de l’État puisse également porter en lui, des germes de conflit entre le gouverneur de province et l'assemblée provinciale. C'est qu'il faut, c'est de rechercher la cohésion entre les institutions provinciales tout en respectant la volonté de la population sur les animateurs des institutions provinciales.

Enet/ Pensez-vous aussi que l'érection d'un tribunal pénal international pour le Congo afin de juger des crimes graves pourrait changer quelque chose dans lutte contre l'impunité ?

TM/ La mise en place d'un tribunal pénal international pour le Congo est une décision que je salue très chaleureusement au regard de la recrudescence des crimes graves dans l'Est du pays et compte tenu du nombre élevé des victimes des atrocités y commises. Un tribunal pénal international aura l'avantage de mener des poursuites contre les auteurs étrangers de ces crimes graves.

Propos recueillis par José-Junior Owawa