RDC : " la désignation du Premier Ministre a suivi une procédure a-constitutionnelle basée sur un accord sous seing privé…", (Jacques Djoli)

Jacques Djoli, député MLC à Kinshasa. Ph. Enet

Professeur d'universités, Jacques Djoli est député national élu sur la liste du Mouvement de Libération du Congo, MLC dont il est l'inamovible inspecteur. Quand il se confie ce lundi, 07 décembre dans la soirée à election-net.com, l'homme politique fait avant tout, une lecture scientifique du discours du chef de l'État de la République Démocratique du Congo, RDC Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo prononcé le dimanche, 06 décembre dernier à Kinshasa à l'issue des consultations politiques menées auprès des forces politiques et sociales du pays depuis le 02 novembre dernier afin de former une "union sacrée" pour la République.

Dans les lignes qui suivent, l'intégralité de l'interview exclusive.

Electionnet(Enet) / Quelle analyse faites-vous en rapport avec la décision du Président de la République de nommer un informateur pour identifier une nouvelle majorité parlementaire?

Jacques Djoli, (JD)/ La désignation du Premier ministre a suivi une procedure a-constitutionnelle basée sur un accord sous seing privé. Les deux parties ayant dénoncé cet engagement, il faut rentrer dans le cadre constitutionnel de l'article 78. Il faut donc désigner un Informateur.

Enet/ Que signifie pour vous la volonté du Chef de l'État de vouloir renforcer la lutte contre la corruption en République Démocratique du Congo?

JD/ La corruption est un cancer qui a rongé notre corps. C'est la priorité programmatique de tout schéma de sauvetage de la République Démocratique du Congo.

Enet/ Que voudrait dire, en votre entendement son engagement à réduire les dépenses des institutions pour permettre au pays de faire des économies afin de lui permettre d'appliquer le célèbre accord de Mbudi?

JD/ Lorsque vous analyser l'allocation des ressources nationales, l'essentiel est orienté aux dépenses de consommation des institutions politiques qui atteignent des dépassements de manière abyssale. Un gouvernement pléthorique, des agences budgetivores et les investissements qui atteignent rarement 2% de provisions. D'où nous avons un État grabataire.

Enet/ Le retour à deux tours pour la présidentielle prôné par Félix Tshisekedi voudrait pour vous aussi dire renforcer la légitimité du président de la République?

JD/ C'est un retour naturel au schêma initial du constituant qui tenait a donner une base de légitimité plus solide à celui qui doit conduire aux destinées de la nation. Un président élu par moins de 8 millions de citoyens pour une population de 100 millions de congolais c'est-à-dire moins de 10% de la population…c'est ridicule.

Enet/ Dans son allocution, le chef de l'État évoque la mutation des élections des Gouverneurs et des Sénateurs élus jusqu'à présent au second degré vers le suffrage universel direct. Quelle est votre compréhension ?

JD/ L'élection des Gouverneurs et des Sénateurs sur base aussi réduite: 4 voire 2 députés provinciaux pour un sénateur ou 10 individus pour un Gouverneur…c'est un Appel à la corruption et surtout brader l'avenir des provinces par une sorte de marchandisation honteuse de la politique. Ce qui explique les dérives de nos provinces laissées aux mains des caprices et aux opérations de dévergondage des deputés et de Gouverneurs atypiques.

Enet/ Pensez-vous aussi que l'érection d'un tribunal pénal international pour le Congo peut changer quelque chose de substantielle dans la lutte contre l'impunité?

JD/ Quelque soit la démarche judiciaire… nationale ou internationale, on ne peut cautionner l'impunité qui structure notre État par rapport aux crimes graves qui se sont commis et se commettent encore aujourd'hui en République Démocratique du Congo. Il faut une réponse adéquate et solide.. car aujourd'hui, il y a comme une sorte de primes aux délinquants et tous ces bandits ou groupes que cette impunité recycle.

Propos recueillis par José-Junior Owawa