RDC-Gabon : Après l’affaire Guelor Kanga, la rude bataille de New-York s’annonce

Conseil de sécurité. Ph. Tiers

La République Démocratique du Congo postule pour un siège non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU qui ira de 2022 à 2023 ainsi que le Gabon qui postule pour le même poste.

Dans une interview accordée ce mercredi 2 juin 2021 à Actualite.cd, l’Ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, rapporteur du Panel présidentiel Union africaine, membre de la commission RDC pour le Conseil de sécurité explique le pourquoi de la candidature de la RDC celle du Gabon.

Ci-dessous l’intégralité de l’interview de Zénon Mukongo Ngay

à actualite.cd :

Pourquoi la RDC postule concurremment avec le Gabon

La RDC ne postule pas concurremment avec le Gabon. La RDC est un Etat souverain, membre de l’Organisation des Nations Unies depuis son accession à l’indépendance le 30 juin 1960. En tant quel tel, elle n’a pas seulement l’obligation de contribuer financièrement aux charges de l’Organisation universelle. Elle a également le droit, comme tout autre Etat membre des Nations Unies de postuler aux différents organes de l’organisation universelle.

Par conséquent, il n’y a pas concurrence, chaque Etat membre de l’ONU étant libre de faire acte de candidature. Il y a plutôt concomitance. Une concomitance qui s’explique à trois niveaux :

· Géographiquement, les deux pays appartiennent à la sous-région de l’Afrique centrale ;

· En vertu du principe de la rotation chère, à l’Union Africaine et au système des Nations Unies, c’est le tour de l’Afrique centrale de présenter des candidats au poste de membre non-permanent du Conseil de sécurité pour 2022 – 2023 et chaque état de la région a la liberté de se porter candidat.

· Dans le cas d’espèce, trois Etats de la sous-région à savoir, la RDC, le Tchad et le Gabon se sont portés candidats. Le Tchad s’étant retiré au profit de la RDC, seuls la RDC et le Gabon sont restés dans la course.

Est-il possible aujourd’hui de dégager une candidature commune ?

Vous voulez dire une candidature unique pour l’Afrique centrale ?

C’est possible si on respecte les principes qui régissent la gestion des candidatures au sein de l’Union africaine et du système des Nations unies.

Le premier principe c’est le critère de non réélection qui veut que dans l’hypothèse où les candidats en lice ont déjà siégé dans un comité donné, la priorité sera accordée au candidat qui ne demande pas une réélection immédiate ou à celui dont le mandat a expiré le premier. Dans l’espèce sous examen, les deux Etats au poste de membre non permanent du Conseil de sécurité pour la sous-région de l’Afrique centrale ont siégé à ce poste respectivement :

De 1990 – 1991 pour la RDC et De 2010 – 2011 pour le Gabon

Son mandat ayant expiré depuis 1991, la RDC est qualifiée à solliciter sa réélection après trente ans d’absence.

Ø  Le deuxième critère est celui de non-cumul qui reconnait la priorité au pays qui n’est pas membre d’un certain nombre d’organes des Nations unies. Le Gabon cumule actuellement comme membre à la fois au Conseil Économique et Social (ECOSOC) et au Conseil des droits de l’homme (CDH), ce qui le disqualifie au profit de la RDC

Ø  Le troisième critère est celui du délai de soumission qui plaide largement en faveur de la candidature de la RDC. Selon ce critère, la priorité est donnée au candidat qui a soumis sa candidature avant ou avant la date limite indiquée. Dans le cas d’espèce, l’ordre de dépôt est le suivant : RDC, le 2 octobre 2019, Gabon, le 17 décembre 2020, soit une année et deux mois après la RDC.

Comme on le constate, les trois principes encrés dans les Directives de l’Union Africaine sur les candidatures plaident largement en faveur de la candidature de la RDC.

Un arrangement avec le Gabon est-il possible ?

Les pays n’ont que des intérêts. A ce titre, il est toujours possible que les deux Etats qui appartiennent à la même sous-région se fassent des concessions mutuelles en considérations des futures opportunités.  Une première tentative infructueuse a eu lieu dans le cadre de la tripartite entre les chefs d’Etats décrétée lors de la 34e session de la Conférence des Chefs d’Etats et de gouvernements en février 2021.

Que répondez-vous à ceux qui disent que la candidature de la RDC a été déposée en retard ?

Bien au contraire, la RDC a été le premier pays, de tous les trois autres Etats de l’Afrique centrale à déposer sa candidature pour ce poste le 2 octobre 2019, soit une année et deux mois avant le Gabon (17 décembre 2020) et le Tchad (10 décembre 2020).

Aujourd’hui la candidature a été régulièrement reprise ?

La question semble quelque peu mal posée. Candidature reprise sous-entend qu’elle était soit perdue, soit abandonnée ? Il n’en est pas question. La RDC ne s’est jamais retirée, elle est restée en lice depuis le 2 octobre 2019.

Quel intérêt pour la RDC de postuler aujourd’hui et non pas le mandat prochain ?

La RDC joue un rôle géostratégique important pour le maintien de la paix et la sécurité internationale. Elle a donc vocation de peser sur le destin du monde avec ses richesses et sa population. Mais c’est depuis 1991 qu’elle n’a plus siégé comme membre non permanent du Conseil de sécurité. Après trente ans d’absence sur l’échiquier international, la RDC voudrait tenter une nouvelle expérience au Conseil de sécurité sur son quota de la Sous-région de l’Afrique centrale, quota dont les autres pays de la sous-région se sont servis sans opposition aucune, de sa part, au nom de la rotation régionale. Le moment est le plus qu’indiqué.  

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