RDC: Félix Tshisekedi à Kagame, une réponse de Normand ou un manque de fermeté sur le sérieux de la paix à l'Est ?

Le président rwandais Paul Kagame et son homologue congolais Felix Tshisekedi à l'Africa CEO Forum, à Kigali le 26 mars 2019. © François Grivelet pour Jeune Afrique

La sortie controversée du président rwandais Paul Kagame  continue de défrayer la chronique en République démocratique du Congo. Plusieurs voix se sont levées pour dénoncer des propos négationnistes du leader rwandais et ont par la suite fustigé la réponse du président congolais au sujet de son homologue.Dans une tribune, Augustin Kinguse, membre du Groupe "Et Si Nous Parlions d'Histoire ?"  auteur du livre Les tombes amoureuses (publié aux Editions Lys bleu, à Paris).

L'est de la République Démocratique du Congo traverse encore le grand corridor sanguin jamais connu depuis la fin de la première du Congo, ces deux derniers jours, au cœur de la ville de Paris, les congolais ont vécu les pires moments politiques du pays. 

Tout commence avec l'invitation acceptée du Président rwandais Paul Kagame à rehausser au Sommet Économique spécial Afrique post-COVID. Il est le seul Chef d'Etat vers qui tous les regards diplomatiques français sont rivés. Mais pourquoi? Parce que simplement les souvenirs du Génocide Tutsi de 1994 ont laissé des traces indélébiles qui ont longtemps mis la politique étrangère de deux pays dans une roue opposée. 

 ENTRETIEN BIEN PLANIFIÉ D'AVANCE?

On se souviendra qu'avec l'avènement du Président français Emmanuel Macron, les relations franco-rwandaises se sont plus améliorées... A titre d'exemple, le Rwanda qui a reconnu la langue française comme "autre langue de science" dans son pays,  la France de son côté qui a poursuivi ces dernières années plusieurs personnalités identifiées de près ou de loin dans le Génocide des Tutsis. 

Alors cette interview était bien spéciale pour la France que pour le Rwanda... Le Président rwandais,  seul maître dans la Sous-Région des Grands Lacs, était au cœur de tous les sujets dont l'inévitable dossier congolais. 

En interrogeant Monsieur Kagame sur la situation à l'Est congolais,  ce geste côté français était pour montrer à l'Ami-Ennemi que nous pouvons ressusciter dans les méandres du passé,  les pires dossiers jusque-là enterrés pour vous réinculper.

2. UNE RÉPONSE DU BERGER A LA BERGERE DU PRESIDENT RWANDAIS?

Celui-ci a été plus ferme voire éloquent. Face devant caméras,  avec un visage d'Homme d'Etat digne,  le Président rwandais a répondu à sa peur et en toute confiance aux questions amères des journalistes de France 24 et RFI. Du dossier sécuritaire aux actions du Nobel de la Paix,  le Président rwandais a tant bien que mal sauvé sa peau et comme toujours caché tous ses crimes derrière la sauvegarde des Intérêts primaires de son pays,  a-t-il dit,  une opération militaire rwandaise en RD Congo n'est pas à exclure. 

LA FACE DE MOUTON DE LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE  CONGOLAISE

Comme toujours, le Président, maître du visuel, n'a pas tardé à répondre. N'est-ce pas bien? Ben oui, diront plusieurs congolais qui me lisent. Mais qu'a dit réellement le Président Tshisekedi? A-t-il condamné? A-t-il pris une décision importante pour au moins profiter de la sortie chaotique de son Homologue "frère" rwandais pour prendre des actions solides et conséquentes?

Il a dit: "Je ne suis pas là pour réagir aux propos du Président  Kagame."

Arrêtons là un peu. Alors pourquoi est-il là alors? Moins de 48h après les propos de Monsieur Kagame, pourquoi le Président Tshisekedi a-t-il pris la parole?

Il ajoute: "Le rapport Mapping a été élaboré par des experts des Nations-Unies, ce n'est pas un Rapport congolais. "

Vraiment? Ou une manière d'esquiver toute éventuelle posture forte congolaise... Sinon le rapport Mapping est congolais, toutes ces réalités y décrites ont été commises au Congo, ce sont les congolais par millions qui ont perdu injustement leur vie. Pourquoi  jeter l'appartenance du Rapport aux experts ? N'est-ce pas comme qui dirait,  ceux qui se battent pour l'exécution de ce Rapport à l'instar du Nobel de la Paix,  font du sale boulot de l'Etranger (Nations Unies). N'est-ce pas rejoindre les propos négationnistes du Président Kagame qui accusaient le Nobel de la Paix de jouer le jeu des forces obscures?

Le Président a dit: "Je tiens à ce que la sécurité et la paix règnent à l'Est de la RDC. Il appartient à la justice de désigner les coupables."

Entendez-vous? Tenir à l'espoir de la paix à l'Est ne se fera d'une baguette magique,  Monsieur le Président. Ces guerres étant plus complexes,  la paix est un processus de justice, réconciliation et réparation. D'ailleurs le Dr Denis Mukwege en a longuement parlé ces dernières années. Il n'y a jamais eu de paix sans justice. Et comment la justice internationale pourra intervenir si le gouvernement congolais s'intéresse de peu à ce sujet? Je crois que c'est le Gouvernement local qui doit déposer le Dossier de l'Est auprès de la justice afin que celle-ci se saisisse de l'affaire. 

Le Président dit encore: "Le Dr Denis Mukwege est une fierté nationale..." Je dirai que le Nobel de la Paix est une fierté internationale aujourd'hui. Il incarne les valeurs universelles d'une Humanité positive. Ce ne sont pas les premières attaques du Président Kagame à la personne du Nobel de la Paix,  nous devons apprendre à nous respecter avant que nos voisins nous respectent,  a déploré cet analyste.