Maniema/commerce en détail par les expatriés : un analyste économique alerte sur la disparition de la classe moyenne

Des voies s'élèvent en République Démocratique du Congo en général, et en province du Maniema en particulier pour dénoncer l'envahissement du commerce de détail pour les expatriés, pourtant réservé exclusivement aux seuls commerçants nationaux.

Cette situation ne laisse pas indifférent l'analyste et opérateur économique Christophe Kimpundugulu Bilembo installé à Kindu, capitale du Maniema. Dans une interview accordée ce dimanche 15 août 2021 à election-net-com, fustige le non respect de loi régissant le commerce en République Démocratique du Congo, qui donne une exclusivité aux commerçants Congolais l'exercice sur l'exercice du petit commerce.

"L'impact pour le moment, il est négatif, parce-que cette loi n'a jamais été mise en application. Nous sommes entrain de digérer très mal parce que ce n'est pas avec ce gouvernement, c'est depuis le Gouvernement passé que cette loi a été votée, mais n'est pas appliquée", a-t-il fustigé.

Le coup de gueule

Il souligne en outre que les conséquences sont incalculables sur la classe moyenne congolaise menacée de disparition.

" Et cela nous fait très mal parceque les commerçants locaux ne sont pas à mesure de faire face aux expatriés qui, normalement devraient être des grossistes, ce sont eux qui détaillent maintenant. Ils sont en même temps grossistes, en même temps détaillants, ça crée un déséquilibre total dans le commerce des nationaux, ça impacte sur eux, même sur notre économie, parceque l'économie vit beaucoup plus avec la classe moyenne. Mais l'économie ne peut pas être juste une économie des étrangers. Là, ces gens peuvent facilement nous mettre à genoux, le jour qu'ils se disent que nous fermons nos magasins, nous n'allons pas vendre aujourd'hui, parce qu'ils sont étrangers, et le pays est bloqué", soutient-il.

Et de poursuivre :

"L'impact est là, ces gens vont disparaitre (détaillants nationaux, Ndlr), ils vivent de ça, nous devons chercher à tout prix à donner du travail aux nationaux. Ces gens-là qui exerçaient ce commerce, ils ne l'exercent plus parce qu'ils ne sont plus à mesure de faire face . Ils sont en même temps grossistes, en même temps détaillants (commerçants expatriés, Ndlr), ça ne se fait nulle part au monde, sauf chez nous, nous ne pouvons jamais accepter ça", a-t-il lâché.

Pratique du petit commerce

Il fait par ailleurs savoir que les expatriés pratiquant le commerce de détail mettent les nationaux dans une position inconfortable.

"Les nationaux achètent en terme des gros à ces mêmes commerçants étrangers, ils détaillent en ayant un petit bénéfice. Ces mêmes étrangers au lieu de vendre en gros, ils vendent maintenant en détail, au même prix que ceux qui sont venus acheter en gros chez eux. Vous voyez ce que ça va faire, il y a une concurrence qui ne dit pas son nom, et cette concurrence ne profite pas aux nationaux. Or, l'économie normalement doit être contrôlée par d'abord, les nationaux, c'est ça la valeur d'une Nation, la force d'un pays", a-t-il expliqué.

Appel à l'intervention du Ministère de l'Économie

Christophe Bilembo Kimpundukulu appelle à une intervention urgente du Ministère de l'économie pour protéger la classe moyenne Congolaise.

"Et c'est pourquoi je demande à son excellence Monsieur le Ministre national de l'économie, Jean-Marie Kalumba de s'y atteler, de chercher à mettre fin à ce système, y compris le Ministre provincial de l'économie. Ils sont entrain d'asphyxier notre économie, et nous allons le regretter un jour. Ils viennent, ils s'installer, il y a même des commerçants étrangers qui vont jusqu'à Lubile, jusqu'à Kasongo pour donner des marchandises à crédit. Un étranger, au niveau de Kasongo, au niveau de Kalima, et dans tous nos quartiers ici, il n'est pas répertorié, il ne paye paye pas ses impôts, on ne sait pas là où se trouvent leurs magasins, ils font le commerce comme ça, c'est comme si ils étaient dans une terre conquise, ça ne se passe pas comme ça sous d'autres cieux, et nous devons mettre fin à ça", a-t-il martelé.

" Ça fait très mal, et l'État doit ouvrir son œil pour que notre économie soit sérieusement protégée", a-t-il renchéri.

Et de chuter :

" Nous sommes devenus un pays où les gens ne viennent que prendre ce que nous pouvons avoir comme richesse et aller investir dans leurs pays. Le commerce bien sûr, mais il doit être équilibré. S'ils veulent investir au Congo, mais il y a beaucoup de secteurs, il n'y a pas que le commerce… Ce n'est pas eux de venir détailler, de vendre les œufs au Congo, de vendre les pains sur la tête, ça c'est trop dur, même de l'eau… Un étranger qui quitte son pays, il arrive au Congo il commence à vendre de l'eau pure sur la tête, qu'est-ce que nous allons encore faire ? Ça crée un chômage aux Congolais, ça affecte surtout la jeunesse et la classe moyenne que nous devons beaucoup plus protéger. Parceque sans une classe moyenne, il n'y a pas une économie".

Kilikumbi Lusumbasumba Isaac

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