Insécurité : Kenya, Brigade d’intervention, Monusco et RDC, (Editorial)

De gauche à droite, Uhuru Kenyatta Président du Kenya et Félix Tshisekedi son homologue de la République Démocratique du Congo/ photo tiers

L’un des acquis du dernier séjour du Chef de l’Etat kényan Uhuru Kenyatta à Kinshasa les mardi 20 et mercredi 21 avril 2021 est, pour rappel, l’annonce de l’entrée en scène des troupes gouvernementales de son pays à l’Est de la République Démocratique du Congo. Région où opère déjà, sous le mandat de la Monusco, la Brigade internationale d’intervention composée des troupes sud-africaines, tanzaniennes et malawites.

Les critiques enregistrées dans la foulée sont tout ce qu’il y a d’injustes. Les unes – les plus « ridiculisantes » parce que ridicules) – font allusion à l’affairisme dans lequel auraient versé en 2015 les officiers kényans pendant les opérations menées en Somalie (le reportage est en français, svp !). Les autres renvoient à la chute de Vital Kamerhe de la présidence du bureau de l’Assemblée nationale en 2009 après l’opération Ujama (troupes rwandaises entrées en RDC pour désarmer les éléments ex-Far et Interahamwe), éléments cités dans l’Accord de Lusaka parmi les groupes armés que la Force internationale (Monuc) déployée en 2000 se devait de traquer, de désarmer et de neutraliser. Ce dont elle s’est révélée incapable, pardon NON capable.
D’ailleurs, dans la dernière livraison intitulée « Plutôt bras séculier de ses bailleurs de fonds. Le bon bouc-émissaire nommé Monusco ! », l’essentiel a été dit de l’Accord de Lusaka conclu en juillet 1999 et de l’Accord de siège ou Sofa signé en mai 2000.


L’intégration des troupes kényanes dans la FIB (Brigade internationale d’intervention) n’est pas sans rappeler la Déclaration des Chefs d’Etat et de Gouvernement des Etats membres de la Cirgl sur la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC à l’occasion du 3ème sommet extraordinaire tenu à Kampala le 8 décembre 2012.

Sur le mandat et le financement de la Force Internationale Neutre (FIN), voici ce qui y est dit en six points :
« 1. La Force Internationale Neutre doit être déployée sous un mandat de l’Union Africaine et des Nations Unies ;
« 2. Confions aux quatre Etats Membres de la CIRGL, siégeant au Conseil Paix et Sécurité de l’Union Africaine (AUPSC), à savoir, la République d’Angola, la République du Congo, la République du Kenya et la République Unie de Tanzanie, la mission de saisir conjointement le conseil Paix et Sécurité de l‘Union Africaine pour analyse et approbation du déploiement de la Force Internationale Neutre dans l’Est de la RDC. La République de l’Ouganda coordonnera cette démarche de ce Groupe d’Etats Membres auprès du Conseil Paix et Sécurité de l’Union Africaine ;
« 3. Exhortons l’Union Africaine à obtenir l’appui des Nations Unies pour le déploiement de la Force Internationale Neutre .
« 4. Le Président du CIMR utilisera ses bons offices dans le but de fournir un appui diplomatique à l’ opérationnalisation de la Force Internationale Neutre ;
« 5. Confions au Président en exercice de la CIRGL la mission d’introduire ure requête officielle auprès des Etats Africains et des partenaires régionaux et internationaux en vue d’obtenir un appui financier, logistique et technique à l’opérationnalisation de la Force Internationale Neutre;
« 6. Exhortons les Etats Membres de fournir des ressources financières et techniques à la Force Internationale Neutre ».

Ce que le commun des mortels a à retenir et à comprendre, c’est qu’au départ, la FIB n’avait pas été envisagée comme structure faisant partie de la Monusco.


C’est en raison plutôt des faiblesses constatées dans le déploiement de la Monusco face à l’apparition et à la montée en puissance du M.23 en avril 2012 que les pays membres de la Cirgl et de la Sadc s’étaient retrouvés à Kampala le 8 décembre de la même année.

L’option initialement levée au cours de cette rencontre était celle d’une brigade d’intervention autonome , composée exclusivement des troupes africaines émanant des pays non belligérants.

Aux termes de l’Accord de Lusaka de 1999, ces pays sont l’Angola, le Zimbabwe et la Namibie ayant soutenu le gouvernement Laurent-Désiré Kabila ; le Rwanda et le Burundi ayant soutenu le Rcd et l’Ouganda ayant soutenu le Mlc.

Voilà comment l’Afrique du Sud, la Tanzanie et le Malawi ont mis à la disposition de la FIB leurs troupes avec espoir de voir d’autres Etats membres de la Cirgl en général et de la Sadc en particulier – dont le Kenya – en faire autant.
Probablement que la neutralisation du M.23 en octobre 2013 a été pour beaucoup dans la non-implication des pays non belligérants. Mais, il n’est pas exclu que l’intégration de cette brigade dans la Monusco sous pression et par imposition des puissances extérieures en ait été la cause première.
Ces Etats sont, notamment, la République centrafricaine, le Kenya justement, le Soudan, le Soudan du Sud, la Zambie, mais aussi le Botswana, l’Égypte, l’Éthiopie pour la Cirgl et, pour la Sadc, les Comores, le Lesotho, Madagascar, Maurice, Mozambique et Seychelles.


Les faits ultérieurs sont plutôt de nature à pousser du probablement au certainement .

En effet, depuis la première victoire des Fardc soutenues par la Brigade internationale d’intervention africaine, il a été constaté, et il se constate à ce jour que celle-ci a perdu de son entrain.
Les grandes pertes dans les rangs des Casques bleus déployés à l’Est (morts et blessés) se comptent dans ses rangs. Les 16 septembre et le 7 octobre 2017, près du village Mamundioma, 15 Casques bleus tanzaniens ont été tués, 43 blessés et un disparu. Depuis, la FIB semble réduite à sa plus simple expression.

Que le Président kényan Uhuru Kenyatta, de passage récemment à Kinshasa, ait annoncé le renforcement de la Brigade d’intervention par les troupes de son pays, c’est là une initiative plutôt à saluer et à féliciter qu’à discréditer et à tourner en dérision comme cela s’aperçoit dans les médias.


En définitive, c’est à Kinshasa de prendre les dispositions conséquentes. Si les troupes kényanes vont agir sous le mandat de la Monusco (comme cela est le cas avec les troupes sud-africaines, tanzaniennes et malawites), on est reparti pour la Grande Désillusion ; la même cause produisant les mêmes effets, dit-on.

Si, par contre, elles vont bénéficier d’un statut spécial, les chances de neutralisation des groupes armés sont garanties, encore qu’il faille convaincre d’autres pays de la région et même d’ailleurs de se joindre au Kenya. Ou alors, la fronde populaire en cours contre la Monusco aidant, Kinshasa puisse obtenir du Conseil de sécurité de l’Onu (suivez mon regard) la recomposition de la Force onusienne avec, par exemple, la restitution de son autonomie à la Brigade internationale d’intervention.

Dans cette perspective, aux troupes sud-africaines, tanzaniennes et malawites vont devoir s’ajouter les troupes kényanes, sud-soudanaises, zambiennes et congo-brazzavilloise etc., et la solution africaine à cette guerre africaine aura une solution africaine satisfaisante pour tout le monde.

Si ce schéma est rejeté, c’est que le dossier RDC est ailleurs.

Cette fois-ci, de grâce, ne suivez pas mon regard.
Consolons-nous plutôt avec « AMUSONS-NOUS UN PEU ! »

Omer Nsongo die Lema