Haut-Uele : LOLA KISANGA-RAWBANK, l’histoire d’une gouvernance atypique

Jean-Pierre Lola Kisanga, ancien Gouverneur du Haut-Uele/ Photos tiers

On serait tenté de dire : Encore et toujours la Rawbank !
Cette fois, c’est avec l’ancien Gouverneur de la Province du Haut-Uélé, Jean-Pierre LOLA KISANGA que cette banque se trouve impliquée dans une "sombre affaire" de crédit douteux et de gestion "calamiteuse" des comptes entrainant des lourds intérêts au détriment de la Province et une dissipation des recettes des redevances minières payées par la société Kibali, engloutissant plus de 5.000.000 USD au premier semestre de l’année 2019.

Durant ses trois ans de règne, l’ancien Gouverneur du Haut-Uele, Jean-Pierre Lola Kisanga avait notamment comme ambition de parachever le processus d’installation de la nouvelle province issue du découpage territoriale opéré en 2015 à l’issue duquel la plupart des anciens districts étaient devenus des provinces à part entière.

Hormis quelques initiatives prises pour l’installation de l’Administration publique provinciale et quelques chantiers lancés ici et là dans le domaine des infrastructures routières, beaucoup sont ceux qui pensent que l’homme qui était considéré comme étant l’incarnation de l’essor de la nouvelle province avait plutôt déçu après trois ans passés à la tête du Haut-Uele.

Parmi les griefs retenus contre lui, sa gestion "peu orthodoxe" de ressources financières provinciales particulièrement vers la fin de son règne où plusieurs contrats auraient été conclus sans respect des procédures en la matière notamment dans l’accord liant la province à la firme Rawbank.

«Toutes les caractéristiques d’une gestion prédatrice, bradant les intérêts de la Province ont été réunies dans cette affaire, allant de l’octroi d’un prêt complaisant et laxiste à des conditions désavantageuses à la Province à l’organisation d’un mécanisme d’amplification du débit de ses comptes pour la maintenir en déficit chronique et en incapacité permanente de rembourser cette créance en dépit de nombreux paiements effectués par Kibali », raconte un connaisseur du dossier à election-net.com avant d’ajouter que «le but évident était de dissiper ces versements et de creuser les comptes de la Province par des soldes débiteurs artificiels et un détournement de cette garantie affectée au paiement de la créance douteuse».

Le doute

Contractée à la veille des scrutins de décembre 2018, dans un cafouillage indescriptible, la dette du Haut-Uele auprès de la Rawbank semble avoir aggravé la situation financière de la province qui s’est trouvée avec un solde débiteur de 8.000.000 USD en seulement deux mois.
En effet, « dans la même période, soit au mois d’août 2018, Monsieur LOLA avait bénéficié d’un autre crédit de 3.500.000 USD dont le remboursement échelonné n’était qu’à la première échéance pour la réalisation des grands travaux sans réel impact sur la vie de la province », déplore un acteur de la société civile sous couvert d’anonymat avant de poursuivre que «cette situation est d’autant plus préjudiciable à la Province du Haut-Uélé que cet accroissement de la dette s’est effectué sans aucun investissement au profit de la population, mais uniquement pour répondre à des conditions usurières de la Rawbank telle que le remboursement d’une dette antérieure, la prise en charge des engagements d’une Province sœur et le paiement des fournisseurs ».

Prêt illégal

Dans ce deal qui a alimenté le débat depuis le départ du pouvoir de l’ancien Gouverneur en mai 2019 avant de resurgir, l’on reproche à Jean-Pierre Lola Kisanga de s’être arrogé les prérogatives de l’Assemblée Province en passant outre sa résolution d’habilitation en violation de la loi portant principes fondamentaux relatifs à la libre administration des provinces.

Soupçons de malversation

Cette situation plus ou moins chaotique, a plombé les comptes de la Province dans les livres de la Rawbank, plongeant le Haut-Uele dans « l’insolvabilité artificielle » avec des comptes en situation de débit chronique grâce à la passivité ou la complicité de deux parties.

« Pour arriver à leur fin, les redevances payées en remboursement de la dette ont été systématiquement désorientées dans des comptes non indiqués dans la lettre de crédit et des dépassements aussi illicites qu’exorbitants ont été acceptés par la Rawbank au mépris de la législation régissant les établissements de crédit et des procédures internes de cette banque », note l’expert-connaisseur du dossier.

Délit d’initié et soupçons de surfacturation

Dans ce dossier, l’ancien Chef de l’Exécutif provincial du Haut-Uele, bon nombre de ses concitoyens lui ont toujours reproché sa proximité ou au mieux, sa complicité avec l’ex-directeur régional (région Est) de la Rawbank débarqué de l’institution financière l’année dernière.

*« Des sociétés fictives présentant des devis surfacturés ont été constituées et ont été grassement payées pour l’exécution des travaux dans des conditions de complaisance absolue. C’est le cas de la société UELE GENIE CONSTRUCTION qui aurait été montée par cet ancien directeur de la Rawbank, encaissant la somme de 1 500.000 USD pour la réhabilitation de l’Assemblée provinciale, alors que les fonds nécessaires aux travaux étaient largement en deçà de ce montant », estime un élu provincial de la législature passée.

Des sources proches du dossier, les créances à charge de la Province étaient estimées à plus de 30.000.000 USD lors de la prise du pouvoir par l’actuel Gouverneur Christophe Baseane Nangaa qui a eu du pain sur la planche pour recouvrer « l’indépendance » de la province en multipliant des voyages afin de débloquer une situation exsangue dans laquelle se trouvait le Haut-Uele avec des groupes d’intérêts disparates éparpillés dans et à l’extérieur de la province.

Contacté par le site d'informations scooprdc.net, l'ancien Gouverneur, Jean-Pierre Lola Kisanga se défend en affirmant que la procédure d'emprunt a été respectée car ayant obtenu l'autorisation de l'Assemblée provinciale. Il indique également avoir transmis le dossier lors de la remise et reprise avec les nouvelles autorités provinciales.

Sur sa ligne de défense, l'ex Gouverneur du Haut-Uele cite UGC Sarl et ARCHI- Sprl, comme étant les seules entreprises n’ayant pas été servies *"du fait des nouvelles contingences économiques et des variations des paramètres macroéconomiques, et la mise à disposition de fonds au compte de la province par la banque ne s’étant déroulé dans le temps et les conditions souhaitées», écrit la même source.

Dans sa prestation, Lola Kisanga met en exergue les travaux de la chinoise CREC-7 sur la route nationale numéro 25 Niania Isiro ou encore ceux de la firme IOB, sur la RN26 axe Watsa-Gombari, Isiro-Mungbere.

"L’entreprise chinoise HONG FENG a réalisé l’éclairage public solaire de la ville d’Isiro. Qui ne voit pas cela ? L’entreprise UNICOMPEX a livré à la province, pour la SNEL Isiro des géants groupes électrogènes de grande capacité pour la ville d’Isiro et les territoires de Faradje et de Wamba", fait-il remarquer.

Ces explications pourront-elles suffire à calmer le jeu d'autant plus que l'ancien Gouverneur semble s'être livré à la défense de l'entièreté de son bilan sans avancer la moindre indication sur les dates d'emprunt de la bagatelle sommes de 8 000 000 de dollars américains lui reprochés par ses détracteurs quelques mois seulement avant la tenue des scrutins de 2018.

D'autres encore estiment que l'ex-chef de l'Exécutif provincial du Haut-Uele n'a pas tout dit sur les recettes mobilisées durant son mandat car celles-ci auraient pu contribuer à la reconstruction de la province que de laisser la province avec une aussi grosse dette en seulement trois ans de pouvoir sans trop de réalisations sur terrain.

Lors de son adresse devant ses administrés le 25 mai dernier dans la cité de Babonde en territoire de Wamba, l'ancien Vice-Gouverneur de Lola Kisanga, Prospère Mangbukele avait reconnu que les réalisations de son successeur étaient largement supérieures, en une année de mandat, que celles de son Gouvernement en trois ans.

Est-ce autant dire que c'est une insinuation de cette "gestion peu orthodoxe" décriée par les détracteurs de l'ancien Gouverneur, difficile de répondre à cette mais des sources proches des arcanes du pouvoir provincial indiquent que plusieurs contrats dans le domaine des infrastructures routières étaient surfacturés au point même de dépasser le seuil du raisonnable d'où cette opacité dénoncée.

Loin de là, l'intéressé lui estime qu'il s'agit d'une oeuvre concoctée par des personnes malintentionnées qui lui en voudraient car sa gouvernance était régulière.

Dans la province, certains acteurs de la société civile et au sein même du parlement provincial, beaucoup sont ceux qui réclament des investigations notamment sur la réhabilitation du bâtiment de l’Assemblée provinciale aujourd’hui abandonnée, le contrat d’achat des véhicules des députés conclut par l’ancien Gouverneur, bref, une sorte d’audit sur la gestion de trois ans qui a laissé la province avec une dette colossale sans grande réalisation afin que lumière soit faite en vue de baliser d’avantage le chemin vers le développement.

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