Haut-Uele: Ces enregistrements qui éclaboussent le "clan Lola"

Jean-Pierre Lola Kisanga, ancien Gouverneur du Haut-Uele/ Photos tiers

La province du Haut-Uele est, depuis le mois de mars dernier, secouée par des tensions politiques entre les pro et les anti Baseane Nangaa, l'actuel Gouverneur de province.

En effet, depuis son départ du pouvoir en avril 2019, l'ancien Gouverneur de province, Jean-Pierre Lola Kisanga a été toujours présenté comme étant le leader de l'opposition à son successeur suite à l'activisme de ses lieutenants dans les médias et particulièrement sur les réseaux avec comme ambition de reconquérir le pouvoir à la tête de la province aurifère.

Redevenue sénateur en début de l'année dernière à la suite des dernières élections générales en RDC, République Démocratique du Congo, Lola Kisanga a toujours visité sa province dans le cadre de ses vacances parlementaires et visites familiales.

Depuis la déclaration de la pandémie du coronavirus le 10 mars dernier suivie de celle de l'état d'urgence sanitaire, l'homme a élu domicile à Isiro, siège des institutions provinciales.

Sa présence dans la ville sur laquelle il a régné trois ans durant est d'autant encombrante pour le nouveau Gouverneur car l'homme y compte encore quelques soutiens notamment au sein de l'Assemblée provinciale où il a perdu à sept voix contre 13 pour son adversaire. Malgré les bonnes apparences affichées par les deux hommes lors des différentes sorties publiques, la rivalité semble n'avoir jamais cessée.

Soupçonné depuis quelques temps d'être à la tête d'une vaste opération de déstabilisation des institutions provinciales suite à la multiplication des réunions dont on dit, sous sa bénédiction, Lola Kisanga n'a jamais prit la parole en public pour démentir ses allégations hormis quelques tentatives de ses lieutenants sur les réseaux sociaux, très consommés par la jeunesse et l'élite provinciale.

Malgré son silence, vraissemblement stratégique (car l'homme se décrit aussi comme, un initié en communication politique), semble n'avoir marché que pour peu de temps au vu des enregistrements des conversations téléphoniques devenues virales sur les réseaux sociaux présentées comme étant ceux produits par son camp contre celui du Gouverneur Baseane Nangaa.

Ces révélations qui changent tous…

Le 29 mai, deux ministres provinciaux son évincés du Gouvernement à l'issue d'un conseil des ministres ordinaire expéditif tenu à Isiro par Christophe Baseane Nangaa en personne. Motif selon l'arrêté de la révocation, "manquements grâves" aux obligations professionnelles.

Étienne Andrito Alendo, membre de la plateforme forme politique ADRP du Gouverneur Baseane Nangaa élu député provincial dans la circonscription électorale de Faradje devenue ministre de la jeunesse, sports et loisirs est parmi les révoqués aux côtés de son collègue de la fonction publique, Medard Liki Mabe également élu de Faradje et membre du clan Lola. Ce natif d'Aba, refuse de s'attaquer au Gouverneur, ni à son cabinet moins encore à son Gouvernement pour sa mise à l'écart de l'Exécutif provincial préférant se contenter de désigner le bourreau en dehors de la cour sans le nommer au micro du site d'informations locales Orientalinfo malgré les attaques des proches de l'ancien Gouverneur qui estiment que l'arrêté de Christophe Baseane Nangaa n'a eu comme visé que le nettoyage de l'ethnie logo à laquelle appartiennent les deux membres du Gouvernement remerciés dont est issue son prédécesseur.

Quelques heures après, des sources proches des désormais anciens ministres provinciaux font part à election-net.com d'une forte tension qui règne au sein du "clan Lola" sans donner trop de précisions.

Le 02 juin courant, les internautes s'emparent d'un extrait sonore d'une conversation entre deux hommes dont l'un est présenté comme étant le Directeur de cabinet du Président Félix Tshisekedi et l'autre, avec un timbre vocal ressemblant, selon plusieurs sources locales, à celui du Directeur de cabinet de l'ancien Gouverneur, Jean-Pierre Lola Kisanga, Mike Kodravele.

"… s'il faut nommer un autre, je conseillerais au chef de l'État de le faire. Qui que ce soit mais il faudra qu'on mette quelqu'un d'intègre", suggère-t-il avant de répondre à son interlocuteur qu'il appelle excellence sur la question de savoir le nom du responsable de l'Agence Nationale de Renseignement.

" Il s'appelle Monsieur (…). Il est son conseiller principal et le couvre dans ses bêtises car c'est lui qui fait sa police de terrain: interpeller, menacer et faire arrêter les gens", poursuit-il avant d'enchaîner:" si c'était possible, par mesure conservatoire, de suspendre le Gouverneur et de le ramener à Kinshasa, comme ça même le Vice-Gouverneur peut continuer à gérer les affaires courantes pour que la justice fasse un travail clair en toute indépendance. Ça sera important. Si on le fait le plus vite, ça sera le mieux avant que ses gens ne puissent soustraire certaines traces", pense-t-il.

Cette conversation largement partagée sur la toile n'a pas été démentie ni commentée par l'accusé laissant penser à une accréditation de la thèse avancée.

Pendant ce temps, les rumeurs sur la multiplication des réunions "stratégiques" dans le "camp Lola" font légion sur la timide ville d'Isiro faisant monter davantage la tension au sein de la classe politique.

Malgré l'accueil positif de la nomination des deux ressortissants du territoire de Faradje en remplacement de ceux récemment limogés, la toile s'est réveillée par une série d'extraits sonores qui éclaboussent encore le camp de l'ancien Gouverneur.

Sur le premier auditionné par les rédacteurs d'election-net.com, on entend le timbre du même présumé Directeur de cabinet du chef de l'État, cette fois-ci, avec une dame qui se nomme Espérance Nazele, le nom de la députée provinciale, jeune sœur de Lola Kisanga faisant part au premier de l'évolution de la stratégie de faire couler le président de l'Assemblée provinciale en suite le Gouverneur de province.

"…nous étions cinq personnes dans cette réunion dont trois députés et deux autres qui ne sont pas de députés. On a essayé de donner des stratégies et de donner des rapports des certains contacts qu'on a déjà pris et nous espérons que ça va peut-être bien évoluer". À elle de répondre à la question de son interlocuteur qui voulait savoir si l'évolution voudrait dire la déchéance du président de l'Assemblée provinciale.

" C'est ça le premier combat que nous nous sommes décidé et nous avons dis que nous nous voudrions pas attendre l'action judiciaire pour le faire partir. Nous voudrions le faire partir par une action parlementaire. C'est comme ça que dès demain, chacun de nous a une personne qu'il va contacter et on va se retrouver le soir pour donner le compte-rendu des contacts de chacun et puis nous allons faire toute la semaine et voir le résultat final le dimanche prochain", relate la dame au téléphone.

Quant à la question sur la composition de ce comité stratégique, l'intéressée n'est pas allée par le dos de la cuillère en citant nommément les noms de son équipe en commençant par les deux membres du Gouvernement provincial révoqués, le Directeur de cabinet de l'ex Gouverneur Lola Kisanga et un assistant d'une université de la place quelle préfère appeler ses frères en référence à son appartenance à la tribue logo, majoritaire dans le territoire de Faradje malgré son élection dans celui de Watsa voisin.

"On a échangé longtemps, nous nous sommes donnés le devoir d'associer d'autres personnes indépendantes notamment les prelats et des pasteurs", avoue-t-elle avant de déplorer les réticences et les préalables de la ministre de l'enseignement dont-elle a juré de tout faire pour convaincre avec l'aide de Medard Liki Mabe, l'un des ministres révoqués.

"Nous nous partons pour un travail de conscientisation. Nous leur faisons voir ce qui les avaient convaincus de voter l'actuel Gouverneur et l'actuel président, ce qu'ils sont en train de vivre maintenant et ce qu'ils ont vécus avant l'avènement du nouveau et leur proposer maintenant ce que nous voulons faire. Nous leur proposons deux stratégies:

-Un, si on peut trouver un candidat en dehors de nous les députés que nous allons appuyer pour qu'il puisse devenir Gouverneur. Si non, si nous pouvons choisir parmi nous, présenter un député qui pouvait répondre à nos critères…" dit-elle avant de préciser que la stratégie est applicable au Gouverneur et au Président de l'Assemblée provinciale.

"Nous voulons convaincre les députés pour le retrait de la confiance au président pour lui dire que à cause des accusations de détournement des fonds, il n'est pas digne d'être président. Nous sommes en train de faire un travail d'audit sur la gestion du bureau et il y a beaucoup d'anomalies que ça soit sur le plan administratif ou financier. Nous allons aussi prendre ça comme argument pour convaincre nos collègues afin de demander le retrait de sa confiance" mais concernant le choix du Gouverneur, "Nous étions en train de réfléchir sur des territoires, l'équilibre géopolitique. Nous nous étions dis, s'il faut retourner le pouvoir à Faradje qui est le territoire qui produit le plus des fonds pour la province et donner la vice présidence ( Ndlr: Gouverneur) à Rungu ou alors à Wamba s'il y aura un candidat volontaire qui répond à nos critères pour juste équilibrer. Parce que ce sont les deux territoires qui ont pour le moment le plus des députés. C'est Faradje qui a six députés et Wamba qui en a cinq même si aux élections, Faradje en avait trois mais de par la démographie, il y a deux députés qui siègent ici à l'hémicycle, moi et Athanase ( Le nouveau ministre de la fonction publique), nous sommes les originaires de Faradje. Il y a les trois autres qui sont de Faradje, Monsieurs Medard ( Liki), Andrito, Tasile et la suppléante de Azaro ( la ministre de l'enseignement) qui sommes originaires de Faradje. Sur le plan démocratique, nous nous sommes dis que c'est possible que le pouvoir retourne à Faradje", fait-elle savoir avant de révéler les noms de Jean-Pierre Lola Kisanga et du député national, également ancien ministre, Crispin Atama Tabe comme des prétendants au poste du Gouverneur de province tout en insistant que le second ne serait pas apprécié par les élus du territoire et donc pas favori avant d'ajouter que la stratégie globale tient aussi compte des postes au sein du bureau qui ne serait pas représentatif.

La touche Lola

"C'est lui notre grand conseiller. Si nous voulons monter une stratégie dans la politique, c'est lui qui nous conseille…si tout l'homme va adhérer à notre stratégie, qu'on puisse le retourner à son siège… Il est tout à fait d'accord même si avant il hésitait. Il me disait votre Assemblée ici, les députés n'ont pas de maturité, ils se font corrompre facilement. Ça sera pas un mandat aussi stable mais on l'a convaincu que cette fois-ci ca sera bon", révèle-t-elle en citant d'autres complices au sein du Gouvernement provincial, voire même dans le cabinet du chef de l'Exécutif.

Fin de l'amitié!

Ce même jeudi, 04 juin, election-net.com s'est également procurée d'un autre document sonore avec les mêmes acteurs où l'on peut écouter les voix du présumé Directeur de cabinet du Président de la République et celle ayant les timbres vocales plébiscités comme étant appartenant à la députée provinciale Espérance Nazele.

Contrairement au premier document, ici, l'échange est tendu. La dame au téléphone fait part de la tension qui a prévalu entre elle et Étienne Andrito dans la soirée de sa révocation du Gouvernement provincial credibilisant la thèse invoquée ci-haut. Presque convaincue d'avoir été piégée, la dame voudrait y voir clair auprès de son interlocuteur en exigeant l'identité de l'informateur du ministre révoqué qui lui aurait fait auditionnée leurs conversations censées secretes.

La "panique" qui semble avoir eu raison du "clan Lola" a fini par faire craquer un homme présenté comme étant l'ancien Gouverneur en colère qui ne ménage pas le présumé Directeur de cabinet du Président en affirmant avoir découvert l'arnaque avant de proférer quelques menaces.

Pour l'heure, le sujet est sur toutes les lèvres au sein de l'opinion, chacun avec son commentaire. Reste savoir qu'elle attitude à adopter dans pareilles déconvenues pour les opposants au Gouverneur Christophe Baseane Nangaa dont le camp se réserve de tout commentaire.

Rédaction