"Gifler un président avec ou sans raison", poème de Magloire Paluku

Magloire Paluku, journaliste congolais vivant à l'Est du Pays. Photo tirée sur sa page facebook

Gifler un président avec ou sans raison
Par la main, par un stylo, par écrit, par des mots
Gifler en silence une autorité loin de sa cloison
Avec comme public son cœur dans les sanglots
Que des couleurs sans odeurs dans les coeurs
Gifler un président loin de la garde, près de sa peur.

Ils sont en millions les gifleurs des présidents
C'est toujours eux qui accusent les impénitents
A la fois pauvres et riches sur les avoirs des autres
Ils ont un inspecteur des finances et un juge en hôte
Ils giflent par des anathèmes;
Sur des joues les marques des chrysanthèmes.

Gifler un président en plein avion, et à l'unisson
L'Afrique a ses coutumes des langues éguisées
Des gifles nommées médiocres, offertes par saison,
Et n'avoir que la soutane d'une opposition civilisée.
Les gifleurs d'hier seront les giflés de demain
Toute la nation est sacrée pour gifler sans les mains !

Giflés par la faim, par les épidémies, par la politique
Les pauvres ne font pas partie de l'humanité bénéfique
C'est par humiliation qu'ils sont humbles.
Leur amour est aussi giflé par la déraison simple
Ils portent leur croix dans la foule des surpris
Sans garde du cops, sans garde républicaine des malappris !

Gifler un président avec ou sans raison
C'est ce que font les citoyens dans des maisons
Leurs horizons limités à la télévision
Les utopies semées dans des oppositions
Ils n'ont que la douleur des courbatures
Doigts enflés pour avoir giflé un mur.

MAGLOIRE PALUKU

Mardi dernier, le président français Emmanuel Macro a reçu une gifle alors qu'il se trouvait sud-est de son pays. Si la classe politique française s'est enflammée pour condamner cet acte, en République Démocratique du Congo, l'acteur de la société Jean Claude Katende a, en fustigeant cette humiliation, pensé que cela doit servir de leçon. "Peut-on gifler un président sans être tué par ses gardes du corps ?", s'est-il interrogé.

Dieubon Mughenze