Burundi : Pierre Nkurunziza, 15 ans de pouvoir sans partage

Pierre Nkurunziza,président sortant de la République du Burundi. Photo de tiers

Le président de la République du Burundi est décédé ce lundi 08 juin de suite d’un arrêt cardiaque.

La rédaction d’election-net.com présente le portrait de l’illustre disparu de la naissance en passant par sa vie politique à la mort.

DE LA NAISSANCE A LA VIE PUBLIQUE

Pierre Nkurunziza, né le 18 décembre 1964 à Ngozi d'un père hutu et d’une mère tutsie. C’est dans cette même province de Ngozi où sa famille s’établira, car son père, Eustache Ngabisha, est commissaire d'arrondissement de la province.

Quand son père meurt en 1972 suite au massacre qui fait près de 100 000 morts en quelques semaines, celui qui sera le futur président de Burundi n’a que 8 ans.

« Il grandit dans un quartier mixte où les deux communautés n'étaient pas encore séparées par les massacres des années 1990.

Sportif, il est surnommé Black Panther en raison de son intérêt pour les mouvements d'émancipation des Noirs américains. Ne pouvant devenir officier, il devient en 1991 professeur de gymnastique à l'université », renseigne-t-on.

DE LA REBELLION A LA VIE POLITIQUE

Pierre Nkurunziza entre en rébellion en 1995, car recherché par des tueurs de son père.
Il fait le choix de la rébellion des Forces pour la Défense de la Démocratie (FDD), créée deux ans plutôt après l'assassinat de Melchior Ndadaye le 21 octobre 1993, le premier président hutu du pays.

Après quelques mois de guérilla, il est grièvement blessé mais en réchappe. Il est très croyant depuis lors et son épouse est en relation avec des églises évangéliques américaines et australiennes qui soutiennent financièrement sa cause. Mais il sera condamné à mort vers 1996 par la justice burundaise « pour sa responsabilité dans la pose de mines anti-char ayant fait des dizaines de morts dans la capitale Bujumbura en 1995 ».

DES ACCORDS D’ARUSHA ET PRETORIA A LA NAISSANCE DE CNDD-FDD

Bien que condamné à mort par la justice de son pays, Pierre Nkurunziza s'élève dans la hiérarchie et avec le soutien d'Hussein Radjabu, prend la tête des FDD en 2001. Lui et son parti vont refuser de participer aux négociations qui aboutissent à l'accord de paix d'Arusha de 2000 entre partis politique burundais et qui marque le début de la fin de la guerre civile burundaise.

Mais en décembre 2002, Nkurunziza signe à Arusha un accord de cessez-le-feu avec le président Buyoya pendant que les FDD continuent les combats avec l'armée régulière.

C’est à l'initiative des chefs d'États de la région, que le président burundais Domitien Ndayizeye et Nkurunziza, négocient et signent un accord de paix, dit accord de Pretoria, en novembre 2003; Un accord basé sur la répartition du pouvoir politique, militaire et économique sur une base ethnique. Les FDD se transforment en parti politique, le Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces pour la défense de la démocratie (CNDD-FDD) et Nkurunziza provisoirement amnistié devient ministre d'État, ministre de la bonne gouvernance et de l’inspection générale de l'État.

PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE (2005-2020)

Le CNDD-FDD remporte les élections législatives du 4 juillet 2005.

Lors de l'élection présidentielle du 19 août 2005, l'Assemblée nationale et le Sénat réunis en congrès élisent Nkurunziza président pour un mandat de 5 ans rééligible une seule fois. Il prête serment le 26 août.

En 2010, son parti le désignera, lors d’un congrès extraordinaire, comme candidat du CNDD-FDD pour briguer un second mandat à la tête du pays à l'élection présidentielle du 28 juin 2010.

Les principaux partis de l'opposition burundaise vont refuser de participer à l'élection présidentielle du 28 juin 2010 dénonçant des fraudes. La campagne est émaillée d'incidents, plusieurs membres de l'opposition sont arrêtés et Pierre Nkurunziza est réélu président en 2010 avec plus de 91 % des voix, étant le seul candidat de l'élection.

CRISE POLITIQUE

En 2015, Pierre Nkurunziza décide de briguer un troisième mandat à la présidence de la République, ce qui est contraire à l'article 96 de la constitution du Burundi. Le 25 avril 2015, il s'impose comme candidat à l'élection présidentielle du 26 juin 2015 du CNDD-FDD), provoquant une scission du parti, des heurts et les protestations de l'opposition.

Le 13 mai 2015, Pierre Nkurunziza, en déplacement pour un sommet à Dar-es-Salam sur la situation de crise de son pays, est victime d'une tentative de coup d'État de la part du général Godefroid Niyombare.

Le 15 mai, après de violents combats dans le centre-ville de Bujumbura, le chef des putschistes annonce leur reddition et la présidence annonce le retour imminent de Nkurunziza.

Les jours qui suivent voient une répression sanglante de l'opposition de la part du président qui a fait des centaines morts et plus de 240 000 réfugiés à l'extérieur du pays. Après plusieurs reports, l'élection présidentielle, jugée illégale et truquée par tous les observateurs de la politique burundaise, se tient finalement le 21 juillet ; le 24 juillet la commission électorale nationale indépendante proclame Nkurunziza vainqueur avec 69,41 % des suffrages.

LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE TOURNE LE DOS

En mai 2015, le site Africa Confidential rapporte que Nkurunziza dit être préoccupé par son club de football, a des difficultés de concentration pendant de longues périodes et croit qu'il a été choisi par Dieu pour gouverner le Burundi.

Le 30 octobre 2015, le président américain Barack Obama exprime sa volonté de suspendre le Burundi du programme AGOA en raison de plusieurs faits qui, selon lui, empêcheraient le peuple burundais de s'exprimer et qui ont « maintenu le président Nkurunziza au pouvoir ».

En novembre 2016, Pierre Nkurunziza félicite Donald Trump suite à la victoire inattendue de celui-ci face à Hillary Clinton à l'élection présidentielle américaine de 2016, estimant que cette victoire était « la victoire de tous les Américains ».

DE LA REVISION CONSTITUTIONNELLE

Le 25 octobre 2017, un projet de la révision de la constitution du Burundi est annoncé. Il prévoit la création d'un poste de Premier ministre, le passage d'un mandat de cinq ans à un mandat de sept ans et le passage du seuil d'adoption des lois des deux tiers à la majorité absolue. Le nombre de mandats consécutifs qu'un président peut effectuer est toujours de deux, mais du fait de la modification de la constitution, Nkurunziza pourra effectuer deux nouveaux mandats consécutifs de sept ans au terme de son troisième mandat de cinq ans. Cela lui offre la possibilité de rester au pouvoir jusqu'en 2034.

Le 5 mars 2018, Pierre Nkurunziza fait arrêter deux hommes ayant participé à l'organisation d'un match de football entre une équipe locale à Kiremba et celle de Nkurunziza au motif qu'ils n'avaient pas indiqué les consignes interdisant les membres de l'équipe locale à tacler le président.

DE LA DIVINITE AU SEIN DU POUVOIR

En mars 2018, Nkurunziza est nommé « guide suprême éternel » du CNDD-FDD. En janvier 2018, lors de la campagne électorale pour le référendum, le pouvoir burundais fait arrêter des opposants. Le référendum constitutionnel a lieu le 17 mai 2018. Au terme d'une campagne où les opposants sont traqués, menacés, arrêtés voire tués et certains médias fermés, les modifications constitutionnelles sont approuvées à 73,3 % avec une participation de 96 %. L'opposition conteste la véracité des résultats.

Le 7 juin 2018, il annonce qu'il ne brigue pas de quatrième mandat, et qu'il soutiendrait en 2020 le futur président élu. Il réitère son annonce en décembre 2018, affirmant que sa décision est définitive, et qu'elle ne changera pas, même si ses partisans lui demanderaient de le faire. Et le 26 janvier 2020, le CNDD-FDD, réuni en congrès, choisit Évariste Ndayishimiye comme candidat à l'élection présidentielle de 2020 pour succéder à Nkurunziza. Et ce dernier sera élu avec 68,72 % des voix. Pierre Nkurunziza meurt ce lundi 08 juin 2020, peu avant la passation de pouvoir, prévue pour le mois d'août avec son dauphin, Évariste Ndayishimiye.

Liévin LUZOLO