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La République Démocratique du Congo se prépare à organiser les élections présidentielles, législatives nationales et provinciales en décembre prochain. Le pays s’est doté d’un fichier électoral composé de plus de 40 millions d’électeurs après la mise à l’écart de 6 millions de doublons.

Depuis la publication de cette base de données, le débat s’est exporté sur les « fictifs ». Ces 16,6 % d’électeurs enrôlés sans empreintes digitales représentant pour l’opposition 6 millions « d’électeurs fictifs » intentionnellement installés-là par la CENI en complicité avec le pouvoir pour favoriser la victoire de candidats de ce dernier aux prochains scrutins.  Ces arguments sont rejetés par la CENI et le pouvoir, sans réellement parvenir à convaincre les détracteurs.

Ce débat plus ou moins politique ne permet pas à l’opinion de connaitre la nature réelle de ces personnes enrôlées sans empreintes digitales.

Pour ce faire, election-net.com s’est plongé dans le fond du dossier pour tenter de comprendre l’origine de ces électeurs potentiels enrôlés sans empreintes digitales.

Pour cerner la question, nous nous sommes approchés de quelques responsables des Centres d’Inscriptions, (CI) de Kinshasa. Officiellement, ces hommes et femmes qui ont participé à la confection de l’actuel fichier électoral n’ont pas le droit de parler aux médias selon le code  qui régit les Membres de Centre d’Inscription.

Quand ils acceptent de nous parler, c’est en cachant leurs identités. En échangeant avec eux, nous avons compris que le processus d’enrôlement tel que conçu par l’opérateur Gemalto contient 13 étapes dont de champs obligatoires et non obligatoires. Lors de l’opération de révision du fichier électoral, les OPS étaient quotidiennement soumis d’abord à la « vérification, dans la base de données de la CENI, de la présence ou non du requérant.  Une fois trouvé, l’opérateur de saisi avait le choix d’importer les données pour actualisation. La saisie (ou la mise à jour en cas d’import) des données démographiques : noms, prénoms, adresse, date de naissance… se faisaient avant l’affichage de la fiche d’identification (F01) sur l’écran de vérification de données.

Selon notre expert, la capture du portrait (photo du requérant ; celle des empreintes digitales (les 10 doigts) ; et la vérification d’éventuels doublons à l’aide du logiciel AFIS se font avant la numérisation de la F01. La numérisation de la carte d’électeur et la lecture du code barre, l’enregistrement sur disque principal et backup, l’impression de la carte d’électeur ; transmission via modem 3G vers le site FTP de la CENI sont les étapes suivantes du processus d’enrôlement.

Pour tenter de répondre aux préoccupations de nos lecteurs, nous nous sommes concentrés sur les empreintes digitales au cœur du débat politique en RDC en laissant de côté la riche et longue littérature de notre expert.

Pour cela, nous nous sommes tournés vers un autre expert, celui-ci préférant lui aussi garder son nom est un formateur électoral national. Le FEN, trouvé dans un restaurant de Limete à Kinshasa nous donne les détails sur l’origine des électeurs sans empreintes digitales. D’abord la procédure de capture des empreintes digitales.

Cette étape de capture des empreintes digitales du requérant se fait en trois temps : 4 doigts de la main, gauche, puis 4 doigts de la main droite et enfin les 2 pouces.

A chaque capture, l’opérateur devrait s’assurer de la présence de la lumière verte sur la vitre de capture avant de valider l’opération.  Pour s’assurer de ces quelques informations données par l’expert, election-net.com est tombé sur le manuel de formation des membres de C.I.

Sur la 22ème  page de ce document, il est clairement indiqué « qu’après la saisie des empreintes, un indicateur qualité est affiché (100 est le maximum) pour chaque empreinte capturée. » Le fabricant de machines d’enrôlement prévoit que « si une ou plusieurs empreintes ont un niveau de qualité inferieur au minimum défini dans la configuration, l’empreinte correspondante  doit être recapturée. » Et le seuil est fixé à 40 par configuration atelier.

Donc, selon la conception de Gelmato, « si un doit ne peut pas être capturé, l’opérateur doit indiquer clairement la raison par un clic droit avec la souris sur le doigt et sélectionner les raisons possibles de la non-capture. »

Les raisons de passer outre la capture d’un doit peuvent être multiples telle que, l’amputation du doigt ou de la main; blessure, faible qualité pour des vieillards, des personnes exécutant de travaux manuels intenses à l’image des charpentiers, maçons et/ ou autre.

Ces cas nous ont été rapportés par les OPS eux-mêmes et quelques détenteurs de cartes d’électeurs trouvés dans le guichet d’une institution bancaire de Kinshasa dont une main a été amputée depuis l’accident de circulation. « Toutes ces opérations sont validées par le PCI (Président du Centre d’Inscription) », commente Monsieur le FEN.    

En conclusion, l’expert fait remarquer que ces empreintes digitales sont toujours vérifiées par le logiciel AFIS.

Au-delà de ces aspects techniques, beaucoup d’autres documents et personnes consultés par election-net.com parlent aussi des motivations personnelles des agents commis à l’opération d’enrôlement qui seraient livré dans une opération d’amputation systématique des mains ou doigts dans le seul but de gagner le paris d’enregistrer le minimum de 64 requérants/ jour sur les listes électeurs conformément au cahier de charge de la CENI.

De cas de cette nature ont été rapportés principalement dans le Sankuru et la Tshuapa.  

A tout prendre, cette enquête journaliste nous permet de conclure qu’au-delà de la passion politique, le dossier des « électeurs fictifs » ressemble beaucoup plus à un discours répondant à certains agendas  politiques qu’à une question technique. La commission électorale et la classe politique ont-elles intérêts à lever l’équivoque sur cette question dont la technique semble avoir trouvé la réponse mais que la politique risque de porter le chapeau de « l’échec » d’un processus aussi complexe.

José-Junior Owawa                      

    

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